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Pourquoi les collectifs de la grève féministe ont leur place dans des manifs contre le capitalisme, comme celle du 14 juin contre le G7 ?

Nous publions ici l’intégralité du courrier adressé par la Présidente de notre section La Chaux-de-Fonds, Virginie Mouche, en réponse au courrier de Brigitte Leitenberg « L’émancipation des femmes mérite mieux » paru dans la rubrique « Vous avez réagi » d’ArcInfo du 19.06.27)

Parce que le féminisme, ce n’est pas juste dire qu’on veut que les femmes et les hommes soient égaux. C’est aussi comprendre comment fonctionnent les rapports de pouvoir et les systèmes qui fabriquent et entretiennent ces inégalités.

Le G7 est le symbole d’un modèle économique mondialisé qui concentre les richesses et creuse les inégalités. Et très souvent, ce sont les femmes qui en paient le prix : elles ont plus souvent des emplois précaires ou à temps partiel, elles font encore la majorité des tâches à la maison et s’occupent des autres sans être payées, et elles sont plus touchées par la pauvreté. Elles subissent aussi plus fortement les effets des crises économiques ou des conflits.

Si on regarde le monde avec une vision non seulement féministe, mais surtout globale, on comprend que le patriarcat et le capitalisme sont intimement son liés.. Notre système économique repose en partie sur un immense travail effectué par les femmes, souvent invisibilisé, dévalorisé ou sous-payé : élever les enfants, prendre soin des proches, entretenir le foyer, exercer des métiers essentiels du soin et de l’éducation qui restent pourtant parmi les moins reconnus et les moins rémunérés. Le patriarcat pousse les femmes vers ces rôles, et le système économique en profite.

C’est pourquoi lutter contre le sexisme sans remettre en question les structures économiques et sociales qui reproduisent ces inégalités revient à ne s’attaquer qu’à une partie du problème  Participer à une manif contre le G7, ce n’est pas sortir du combat féministe. Au contraire, c’est défendre un féminisme qui voit plus large, et qui comprend que la liberté des femmes est liée à la lutte contre toutes les formes d’injustice, qu’elles soient économiques, raciales ou liées à l’histoire coloniale.

Prétendre qu’il existerait un féminisme neutre, apolitique et déconnecté des grands enjeux de société, c’est oublier l’histoire même des luttes féministes. Le droit de vote, la contraception, l’avortement ou la lutte contre les violences n’ont jamais été des revendications consensuelles ou dépolitisées. Le féminisme n’a jamais consisté à demander gentiment plus de respect. Il a toujours été un mouvement de remise en question des rapports de pouvoir et des structures qui produisent les inégalités.

D’accord avec Simone Veil, le féminisme n’appartient à personne. il n’appartient ni à la droite ni à la gauche, ni à une seule vision du monde. Mais cela signifie aussi qu’aucune personne ne peut décréter que le féminisme devrait s’interdire de parler de pauvreté, de racisme, de guerre ou de solidarité internationale. Pour beaucoup de féministes, défendre les femmes implique de défendre toutes celles qui subissent des oppressions croisées. Ce n’est pas une confiscation du féminisme, c’est une conception du féminisme, profondément ancrée dans son histoire militante.