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La droite suisse à genoux devant UBS, UDC en tête

Trois ans de lobbying, des centaines de milliers de francs versés aux partis, un vocabulaire calqué mot pour mot sur celui de la banque : la « Lex UBS » révèle, chiffres et citations à l’appui, à qui obéit la majorité bourgeoise sous la Coupole.

Ce lundi 14 septembre 2026, les Chambres fédérales rouvrent leurs portes pour la session d’automne. À l’ordre du jour du Conseil des États : la « Lex UBS ». Dans les prochains jours, les sénateurs devront se prononcer en plénum sur un texte que leur propre commission a déjà vidé de sa substance — un texte que le gendarme bancaire lui-même qualifie de dangereux. Ce n’est pas un hasard de calendrier. C’est l’aboutissement de trois ans de travail acharné du service de lobbying le mieux organisé du pays : celui d’UBS.

Trois ans d’intimidation, un seul vainqueur

Rencontres à huis clos, rapports commandés sur mesure, campagne de communication tous azimuts : la méthode n’a rien de secret, elle est documentée dans la presse depuis 2025. Un professeur de droit de l’Université de Berne, Peter V. Kunz, ne s’y trompe pas : « le grand gagnant est le département de lobbying d’UBS », qui mène depuis trois ans ce qu’il qualifie lui-même de tactique d’intimidation. En parallèle, l’Association suisse des banquiers agitait publiquement la possibilité d’un départ d’UBS de Suisse ; Reuters a ensuite révélé l’existence de plans de contingence évoquant un siège américain. UBS jurait, dans le même temps, vouloir rester suisse. Un double discours qui n’a échappé à personne sous la Coupole.

417 000 francs, la part du lion

L’argent, seul, n’explique pas tout — mais il éclaire beaucoup. Selon le registre officiel 2025 de l’Inspection fédérale des finances, UBS a versé 786 000 francs aux directions nationales des partis bourgeois cette seule année : 417 000 francs à l’UDC, davantage qu’à n’importe quel autre parti ; 284 000 au Centre ; 85 000 aux Vert’libéraux. Le PLR encaissera les siens — 294 000 francs — sur l’exercice 2026. Le conseiller national socialiste Samuel Bendahan résume la mécanique sans détour : « L’UBS ne donne pas de l’argent comme ça pour le plaisir. » Dans une banque, chaque franc investi attend un retour.

Même argent, mêmes mots

Le plus troublant n’est pourtant pas le montant des chèques : c’est le vocabulaire. Durant la consultation, UBS qualifiait le projet du Conseil fédéral de mesure « disproportionnée ». L’UDC a repris, mot pour mot, le même adjectif pour condamner le même texte. Quelques mois plus tard, la sénatrice vert’libérale Tiana Moser reprenait à son tour l’argument-maison d’UBS sur la compétitivité, jugeant « exagérée » l’exigence de fonds propres à 100 %. Quand un parti et la banque qu’il est censé encadrer récitent la même partition, ce n’est plus une coïncidence lexicale. C’est une chaîne de transmission.

Le 31 août, la commission a livré la marchandise

Après deux reports, la Commission de l’économie du Conseil des États a tranché le 31 août : plutôt que les 100 % de fonds propres durs voulus par le Conseil fédéral pour couvrir les filiales étrangères d’UBS, elle a retenu un compromis à 50 % CET1 / 50 % obligations AT1 — une architecture directement inspirée d’une étude commandée par UBS elle-même, dont les principes avaient été présentés à la commission avant son vote. Des élus PLR et UDC ont porté cette dilution. Résultat, selon le Département fédéral des finances : UBS n’aurait presque rien à ajouter à ses fonds propres actuels, qu’elle dépasse déjà d’environ 10 milliards de dollars. Un cadeau taillé sur mesure, livré en main propre.

Même le gendarme financier dit non

Et ce ne sont pas des militants de gauche qui tirent la sonnette d’alarme en premier : c’est l’autorité de surveillance des marchés financiers elle-même. La FINMA juge ce compromis difficilement applicable, juridiquement risqué, et susceptible d’aggraver une crise plutôt que de la contenir. La Banque nationale suisse et le Fonds monétaire international soutiennent la version stricte du Conseil fédéral ; la ministre des Finances elle-même qualifie la proposition de la commission de « juridiquement incertaine ». Quand le régulateur, la banque centrale et le FMI s’alignent contre un texte que seule la droite bourgeoise défend au nom de la compétitivité, la question n’est plus technique. Elle est politique.

Pas besoin d’enveloppe brune

Faut-il un rendez-vous secret et une valise de billets pour parler de capture ? Non. C’est précisément la sophistication du lobbying moderne : plus besoin de corrompre quand on peut financer les partis, leur souffler le vocabulaire, leur fournir l’étude « indépendante » prête à l’emploi, puis laisser la mécanique parlementaire faire le reste. Aucune source publique ne prouve un vote acheté franc contre franc. Mais la concordance quasi parfaite entre ce que réclamait UBS et ce qu’a voté sa commission n’a besoin d’aucune preuve pénale pour constituer un scandale démocratique.

Trois ans après Credit Suisse, la leçon n’a pas été retenue par tout le monde

Trois ans après que les contribuables suisses ont dû éponger l’effondrement de Credit Suisse, une partie de la classe politique s’apprête, cette semaine même sous la Coupole, à rejouer la même partition : protéger la banque avant de protéger le pays. L’UDC, qui se targue de défendre la souveraineté nationale et le petit contribuable contre les élites, choisit ici son camp — celui de la plus grande banque du pays, contre l’avis de son propre régulateur. Ce choix doit être nommé, documenté, et un jour sanctionné dans les urnes. La bataille se joue maintenant au Conseil des États. Elle ne doit pas se jouer sans nous.

Liste de sources

Le lobbying et la stratégie d’UBS

Le financement des partis

Les positions des partis

Le vote du 31 août 2026 et la suite

La position du régulateur

Image : Unsplash, Claudio Schwarz