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L’UDC promet des récoltes plus abondantes. Les paysans annoncent des pénuries.

Deux actualités de ces derniers jours ont été publiées par la RTS, l’une sur la minimisation du changement climatique par l’UDC, et l’autre sur les conséquences de la sécheresse en Suisse. Côte à côte, elles racontent une contradiction que l’UDC ne pourra pas éternellement éviter.

D’un côté, le président de l’UDC, Marcel Dettling, explique que le réchauffement climatique pourrait avoir des « effets positifs » sur l’agriculture, puisque les périodes de végétation s’allongent. Le conseiller national UDC Manfred Bühler abonde : moins besoin de chauffer l’hiver, et de toute façon la Californie, avec son climat que la Suisse pourrait connaître en 2100, est une région « prospère ». De l’autre côté, dans la même actualité, l’Union maraîchère de Genève tire la sonnette d’alarme : salades « totalement dévastées », rendements en baisse pour les tomates sous serre, risque de pénurie sur les légumes de garde comme les carottes et les pommes de terre. Une situation inédite depuis 2003, selon son directeur Xavier Patry, qui prévient déjà d’une hausse des prix dans les rayons.

Une saison plus longue ne fait pas pousser des légumes à 40 degrés

Le raisonnement de Marcel Dettling repose sur une seule variable : la durée de la période de végétation. Mais ce que décrivent les producteurs genevois, ce sont toutes les autres variables que ce raisonnement ignore superbement : la chaleur qui détruit les cultures, l’eau qui manque, les ravageurs qui prolifèrent, la grêle qui frappe. Une saison théoriquement plus longue ne sert à rien si les plantes ne survivent pas aux conditions qui l’accompagnent. C’est précisément ce que vivent, cet été, les maraîchers de Genève et d’ailleurs en Suisse — un phénomène que Xavier Patry qualifie de global, touchant l’ensemble des bassins de production européens.

Quant à l’argument de la Californie brandi par Manfred Bühler, il esquive la seule question qui compte réellement : ce n’est pas de savoir si l’on peut vivre sous un climat californien, c’est la vitesse à laquelle ce changement survient, et la capacité des sols, des cultures et des infrastructures agricoles suisses à s’y adapter à temps. Une région peut être prospère aujourd’hui sans que la transition pour y parvenir soit indolore — surtout quand elle se fait en quelques décennies plutôt qu’en plusieurs siècles.

Le vrai coût de la minimisation : il se paie dans les assiettes

Il y a un second niveau, plus concret encore. Xavier Patry explique la mécanique en une phrase : moins de marchandises et davantage de coûts de production obligent à augmenter les prix. Autrement dit, l’inaction climatique ne coûte pas seulement aux glaciers ou à des objectifs abstraits pour 2100 : elle se traduit dès maintenant par des salades, des tomates, des carottes et des pommes de terre plus chères dans les rayons suisses. Ce sont les ménages populaires, ceux pour qui le budget alimentaire pèse le plus lourd, qui encaissent en premier la facture du climato-minimisme.

L’UDC aime opposer politique climatique et pouvoir d’achat. La réalité est inverse : c’est l’absence d’action climatique sérieuse qui renchérit notre alimentation.

Le parti qui prétend défendre les paysans leur tourne le dos

L’UDC revendique une proximité avec le monde agricole qui rendrait, selon elle, sa politique climatique plus réaliste que celle des autres partis. Mais quand les professionnels de l’agriculture décrivent eux-mêmes leurs difficultés, leur diagnostic contredit presque terme à terme celui de la direction du parti. Là où Dettling voit des opportunités, les maraîchers voient des cultures dévastées. Là où Bühler minimise, les producteurs alertent sur un phénomène qui s’aggrave d’année en année et qui menace, pour certains, jusqu’à la viabilité de leur exploitation.

L’UDC n’est plus vraiment le parti qui nie le changement climatique — sa ligne officielle, portée par Albert Rösti, l’a désormais admis. Son problème est ailleurs : c’est un parti qui continue de ne pas en comprendre les conséquences, au moment précis où celles-ci frappent les paysans qu’il prétend représenter.

Protéger le climat, c’est protéger les paysans — et nos assiettes

Face à ce double discours, il est temps de sortir du terrain sur lequel l’UDC se sent le plus à l’aise, celui d’une opposition artificielle entre écologistes et agriculteurs. La réalité de cet été le montre : protéger le climat, c’est protéger la production agricole, les revenus paysans et, in fine, le prix de notre alimentation. Ce sont ces mêmes catégories populaires que l’UDC prétend défendre qui paient aujourd’hui, très concrètement, le prix de son déni.