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Quelle école voulons-nous pour les jeunes ?

Pendant près de deux ans, le canton de Neuchâtel a organisé les « Assises de l’école » : une vaste démarche de consultation et de réflexion sur l’avenir de l’école obligatoire, nourrie notamment par plus de 5’000 réponses à un questionnaire. Le rapport qui en est issu confirme plusieurs problèmes connus de longue date : la charge administrative du corps enseignant, les difficultés liées à l’inclusion, le besoin de mieux accompagner les élèves ou encore la communication parfois compliquée avec les familles.

Une telle démarche aurait pu être l’occasion de définir des réponses précises. Or, malgré l’ampleur du travail accompli, nous restons sur notre faim. Le rapport présente quatre grandes orientations, mais peu de mesures concrètes, pas de véritable calendrier et presque rien sur les moyens financiers nécessaires. Nous regrettons aussi que les enseignantes, les enseignants et les élèves n’aient pas été davantage associés à la construction de cette réflexion. Consulter largement ne suffit pas si les personnes qui vivent l’école au quotidien peinent à faire entendre leurs préoccupations.

Le rapport évoque un meilleur accompagnement des élèves et un soutien accru aux classes. Mais comment ces objectifs se concrétiseront-ils ? La « réallocation » des ressources ne doit pas devenir une manière de demander au corps enseignant d’en faire toujours plus avec les mêmes moyens. De même, améliorer les liens avec les familles ne consiste pas simplement à multiplier les plateformes numériques. Des outils comme Pronote peuvent aussi compliquer les échanges et laisser de côté les familles qui y accèdent difficilement.

Un autre dossier débattu au Grand Conseil nous rappelle ce que l’école doit permettre à chaque jeune. Dans une pétition issue de la session « 100 voix » (dispositif cantonal non-contraignant de participation politique des jeunes créé en 2024), des jeunes demandent davantage de formation politique et d’encouragement à la participation. Des cours, des débats et des projets existent déjà, mais ils varient fortement selon les établissements et les filières. Dans l’apprentissage, le temps passé à l’école est plus restreint et certaines activités qui dépassent le cadre des coursdépendent de l’accord des entreprises formatrices. C’est une raison supplémentaire pour garantir à chaque apprentie et chaque apprenti une véritable formation à la citoyenneté dans le cadre des cours : comprendre les institutions, confronter des points de vue et exercer son esprit critique ne devraient pas dépendre de la bonne volonté d’une entreprise. La députation popiste, soutenue par les écologistes et les socialistes, a obtenu de justesse que la pétition ne soit pas classée. La question de la formation politique des jeunes reste ainsi ouverte.

Ces deux débats posent finalement la même question : quelle école voulons-nous ? L’école n’est pas un atelier de formation au service du seul monde économique. Elle doit aussi être un lieu d’épanouissement et d’émancipation, où chaque jeune acquiert les moyens de comprendre la société, de la questionner et d’y prendre part comme citoyenne ou citoyen. Cette ambition mérite mieux que des déclarations d’intention : elle exige des décisions et des moyens.

Article par Sarah Blum, députée au Grand Conseil Neuchâtelois
Image par CDC