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Pédaler sans risquer sa vie

Pour que la population se mette au vélo, il faut d’abord lui garantir qu’elle ne risque pas sa vie en pédalant. C’est le message porté ce 29 octobre 2026 par le POP au Grand Conseil, qui a déposé avec plusieurs autres partis cinq objets parlementaires pour donner enfin un vrai coup de pédale (et non pas d’accélérateur motorisé!) à la politique cyclable cantonale : un projet de loi, deux motions et deux recommandations.

C’est à vélo que les député·e·s ont accueilli la presse sous le viaduc de Vauseyon. Leur objectif est simple : faire de Neuchâtel un canton où le vélo devient un réflexe du quotidien, et non un sport à risques réservé aux plus téméraires.

Un plan directeur qui pédale dans le vide

Attendu depuis des années, le projet de révision du Plan directeur cantonal de la mobilité cyclable (PDCMC) a été mis en consultation cet été. Alors que Neuchâtel accuse un sérieux retard sur le reste du pays, le Conseil d’État estime que tout roule, comme le montre son appréciation très optimiste des retours de consultation.

Pour nos groupes, ce projet est trop timoré pour permettre un véritable report modal. Il perpétue une logique qui accorde systématiquement trop peu de place au vélo, cachée derrière des euphémismes qui masquent l’inaction :

  • « Simple signalisation » : 194 km de routes sans aucune protection physique, dangereuses pour les usagers.
  • « Opportunités de travaux » : un réseau en dents de scie, qui dépend du calendrier routier plutôt que d’une stratégie de continuité.
  • « Coûts disproportionnés » : un argument souvent utilisé pour éviter de réallouer l’espace public, contrairement à ce qui se fait ailleurs.
  • « Potentiel limité » : une prophétie autoréalisatrice qui justifie l’inaction dans les zones périphériques.

Nous saluons néanmoins l’ancrage des liaisons rapides (voies express) dans les différentes régions. Cette base doit maintenant être renforcée par des mesures concrètes, souvent déjà adoptées ailleurs avec d’excellents résultats.

Quatre axes pour passer à la vitesse supérieure

1. Un pilotage stratégique avec obligation de résultats

Fini le pilotage à vue. Un projet de loi fixe un objectif contraignant de 10 % de part modale vélo d’ici 2036. Pour tenir le cap, nous demandons un chapitre consacré à la qualité des aménagements dans les rapports d’entretien des routes, ainsi qu’un suivi chiffré dans le rapport quadriennal sur l’aménagement du territoire. Un bilan critique de la programmation passée doit permettre de ne plus dépendre des simples « opportunités de réfection routière ».

2. Des infrastructures sans rupture

Le canton doit se doter d’un réseau cyclable crédible. Concrètement :

  • planifier et réaliser à court ou moyen terme des liaisons utilitaires continues, directes et sûres entre les régions du canton, avec les cantons voisins et avec la France ;
  • identifier et hiérarchiser les carrefours, giratoires et franchissements qui constituent des points noirs du réseau ;
  • examiner systématiquement, lors de la construction ou de l’assainissement de tunnels équipés d’une galerie de sécurité, la possibilité de l’ouvrir aux piéton·ne·s et aux cyclistes ;
  • lancer un programme cantonal de stationnements et de vélostations sécurisés, adaptés aux vélos-cargos et aux tricycles pour personnes à mobilité réduite, dans toutes les gares CFF et les pôles d’échange majeurs.

« Notre Canton est lanterne rouge en matière de mobilité cyclable : une fatalité ? Non, juste le résultat de longues années sans vision, sans ambition, peu de volonté et encore moins d’idées. Il faut changer résolument d’approche et se rendre compte que c’est possible. » Mauro Moruzzi, député vert’libéral

3. Sécuriser activement : séparer, ralentir et prioriser

La sécurité doit devenir le préalable de tout aménagement. Nous demandons une séparation physique des trafics sur tous les tronçons prévus en simple bande, la priorité aux cyclistes aux intersections et giratoires prioritaires du PDCMC, l’abaissement des vitesses là où les aménagements manquent, ainsi que la publication d’une liste des lieux accidentogènes assortie d’un programme d’assainissement ciblé.

4. Un changement culturel par l’école

Pour ancrer durablement la pratique du vélo, il faut agir dès le plus jeune âge. Nous proposons d’inscrire l’apprentissage du vélo dans le cursus scolaire obligatoire, au même titre que la natation, de créer des parcours sécurisés pour se rendre à l’école à vélo, et de revoir l’éducation routière en y associant les associations de mobilité douce.

Focus : « Plus de sécurité sur nos routes »

Nous défendons une idée simple : la sécurité conditionne tout usage quotidien du vélo.

Sur de nombreux tronçons de nos routes cantonales, vélos, voitures et poids lourds partagent la même chaussée à 80 km/h. Le danger est critique. Des améliorations sont prévues, mais elles arriveront trop tard : le plan directeur ne sera pas pleinement mis en œuvre avant 2045. Et même à cette échéance, plusieurs tronçons à 80 km/h resteront en circulation mixte, sans aménagement cyclable. On ne peut pas demander à la population d’attendre vingt ans.

C’est pourquoi la recommandation « Plus de sécurité sur nos routes » demande des mesures immédiates, simples et peu coûteuses.

De 80 à 60 km/h sur les routes sans piste cyclable

Nous demandons une expertise au titre de l’article 32 de la loi sur la circulation routière, en vue d’abaisser la vitesse de 80 à 60 km/h sur les routes cantonales dépourvues de piste cyclable séparée dans chaque sens. Cette limitation est transitoire : les 80 km/h pourront être rétablis dès que des aménagements conformes aux standards de sécurité auront été réalisés.

De 50 à 30 km/h là où les communes le souhaitent

Nous demandons au Conseil d’État de soutenir activement les communes qui veulent passer de 50 à 30 km/h sur les tronçons de routes cantonales non assainis dans les 18 mois, dès que l’une de ces conditions est remplie :

  • la séparation continue entre cyclistes et véhicules motorisés n’est ni réalisée ni réalisable à court terme ;
  • les trottoirs sont absents ou non conformes à la norme alors que plus de 500 véhicules circulent chaque jour ;
  • les valeurs limites de bruit sont dépassées.

Pourquoi agir sur la vitesse ?

  • Moins d’accidents graves : réduire la vitesse diminue fortement la gravité des accidents et rend la route partageable là où les aménagements manquent.
  • Moins de bruit : plusieurs décibels en moins pour les riverain·e·s.
  • Une meilleure santé : les pics d’ozone et les émissions d’oxydes d’azote liées au trafic routier sont une urgence sanitaire.
  • Une mesure rapide : administrativement simple, elle est applicable en quelques semaines.

La séparation des flux par de vraies pistes cyclables reste une priorité. Mais tant qu’elle n’existe pas, le moyen le plus efficace et le moins coûteux de sécuriser nos routes, c’est de ralentir.

Le Conseil d’État doit choisir

Sans un regain d’ambition, ce plan est une occasion manquée de transformer la mobilité neuchâteloise. Le Conseil d’État a le choix entre un statu quo sans ambition et un réseau crédible, capable d’atteindre 10 % de part modale vélo, dans l’intérêt de toutes les utilisatrices et de tous les utilisateurs de la route. La simple conformité ne suffit plus : la population a besoin d’un réseau attractif et fréquenté.