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50 francs pour aller aux urgences: double peine pour les régions périphériques

Le 18 mars 2026, le Conseil national a adopté, par 96 voix contre 91 et 3 abstentions, un projet permettant aux cantons d’ajouter jusqu’à 50 francs à la quote-part des assuré·e·s qui se rendent aux urgences sans avoir été orienté·e·s au préalable par un médecin, un centre de télémédecine ou un pharmacien. Le Conseil fédéral s’y opposait, et le dossier doit encore passer devant le Conseil des États. Des exceptions sont prévues notamment pour les femmes enceintes, les enfants, ainsi que certaines orientations via les numéros d’urgence cantonaux et les services de sauvetage.

Cette décision est profondément injuste. Dans les régions périphériques, la pénurie de médecins, en particulier de médecins de famille, est un problème connu. Plus largement, plus des trois quarts des médecins de famille interrogés constatent déjà une pénurie dans leur région. Dans ces conditions, aller aux urgences n’est souvent pas un choix de confort, mais la seule solution quand on ne trouve pas de rendez-vous, pas de permanence et pas de réponse rapide à proximité.

Avec ce vote, la majorité de droite du Conseil national organise une double peine. D’abord, elle laisse s’affaiblir la médecine de premier recours. Ensuite, elle fait payer celles et ceux qui finissent aux urgences faute d’alternative. C’est une logique punitive, antisociale et territoriale: plus on vit loin des centres et plus l’accès aux soins de base se dégrade, plus on risque d’être pénalisé·e.

Le plus absurde, c’est que cette mesure est contestée bien au-delà de la gauche. Le Conseil fédéral estime qu’elle ne permettra pas réellement de décharger les urgences. H+ juge aussi que la réglementation proposée n’est ni pratique ni efficace. Autrement dit: cette taxe serait à la fois injuste, bureaucratique et inefficace.

Pour le POP, la réponse n’est pas de taxer les malades, mais de garantir l’accès aux soins partout sur le territoire. Cela passe par un renforcement massif de la médecine de famille, des permanences de proximité et du service public de santé. En périphérie comme ailleurs, les urgences ne doivent pas devenir un luxe réservé à celles et ceux qui peuvent payer.