L’initiative sur la neutralité lancée par l’UDC divise jusque dans les rangs de la gauche. C’est compréhensible. La neutralité fait partie de l’identité suisse et beaucoup d’entre nous sont fiers que notre pays puisse accueillir des négociations de paix et offrir ses bons offices.
Mais ne nous laissons pas séduire par cette image idéalisée. Cette même neutralité a aussi servi de prétexte à certaines des pages les plus sombres de notre histoire, des avoirs nazis aux complaisances économiques envers des régimes criminels. Ce n’est pas cet héritage que nous devons protéger.
Une neutralité militaire n’est pas une neutralité morale.
Le véritable objectif de cette initiative n’est pas de faire de la Suisse un pays plus pacifique. C’est d’inscrire dans la Constitution une neutralité économique et diplomatique qui limiterait fortement la capacité de la Suisse à sanctionner des États qui violent le droit international.
D’ailleurs, la proposition est formulée de façon claire et sans ambiguïté :
« La Suisse ne participe pas aux conflits militaires entre États tiers et elle ne prend pas non plus de mesures coercitives non militaires contre un État belligérant. »
Autrement dit, la Suisse devrait renoncer à une partie de ses sanctions économiques et diplomatiques, sauf lorsqu’elles découlent des obligations de l’ONU.
Or nous savons parfaitement ce que vaut ce garde-fou. Le Conseil de sécurité est régulièrement paralysé par le droit de veto des grandes puissances. Attendre que l’ONU agisse revient trop souvent à ne rien faire et à être complices de crimes de guerre, d’invasions, ou de génocides.
Le comité d’initiative affirme que cette neutralité garantirait « la paix, la sécurité et la prospérité » et qu’elle protégerait la Suisse des pressions extérieures.
Mais soyons sérieux.
La neutralité suisse existe déjà. Personne ne propose d’envoyer l’armée suisse combattre à l’étranger ni de rejoindre l’OTAN. Ce que cette initiative cherche à empêcher, c’est que le peuple suisse et ses institutions puissent décider librement d’utiliser les sanctions comme outil diplomatique.
Nous refusons que la Suisse devienne un refuge économique pour les chefs d’États qui financent des guerres d’agression, violent les droits humains ou commettent des crimes de guerre. Nous refusons que nos banques, nos investissements ou notre industrie puissent continuer leurs affaires comme si de rien n’était.
Nous nous battrons pour une Suisse moins militarisée. Contre les exportations d’armes. Et pour une économie qui ne profite pas de l’industrie mondiale de la guerre.
Ne soutenez pas une initiative qui utilise le mot « neutralité » pour faire passer un projet politique bien différent : protéger les intérêts économiques liés à la guerre tout en retirant aux Suissesses et aux Suisses une partie de leur capacité à réagir face aux agresseurs.