La politique de santé publique du Conseil d’Etat pour les années 2025 à 2030 a suscité d’intéressants débats au Grand Conseil ce mardi 17 février. Le Groupe VertPOP s’est exprimé avec clarté par la voix de la popiste Aurélie Gressot.
« Le groupe VERTPOP a pris connaissance avec intérêt du rapport concernant la politique de santé publique 2025–2030, la POLSAN. À première vue, nous avons trouvé l’emballage du cadeau fort attirant, nous promettant une orientation ambitieuse et nécessaire. Pourtant, une fois le paquet ouvert, c’est une certaine déception qui prévaut: l’emballage semblait parfois plus abouti que les moyens concrets annoncés.
Nous trouvons la POLSAN séduisante sur le papier, mais nous restons sur notre faim quant aux instruments permettant d’atteindre les objectifs fixés. Beaucoup d’intentions sont louables, mais les mécanismes de mise en œuvre, les financements et les ancrages territoriaux restent trop flous pour pleinement nous rassurer.
Nous sommes également très étonnés qu’un document aussi structurant pour l’avenir de notre système de santé soit présenté comme un simple rapport d’information. Ce statut limite considérablement la marge de manœuvre du parlement. Une politique de santé publique engage des choix majeurs pour des décennies ; elle mériterait un véritable espace de discussion stratégique et décisionnelle.
Nous saluons néanmoins la volonté du Conseil d’État de mettre l’accent sur la prévention et le renforcement des soins de proximité. Mais une politique de santé publique ne peut pas reposer uniquement sur la responsabilisation individuelle. Elle doit aussi agir sur les déterminants sociaux de la santé.
Car nous le savons : les personnes les plus précaires sont aussi les plus malades — physiquement et psychiquement. Non pas parce qu’elles ne trouvent pas de médecin, mais parce qu’elles renoncent à consulter. Parce qu’en Suisse, être malade coûte cher. Parce que se soigner peut devenir un luxe.
Une véritable politique de santé publique doit garantir un accès effectif aux soins de proximité pour toutes et tous, sur l’ensemble du territoire cantonal. L’équité territoriale n’est pas un slogan : c’est une condition essentielle de la cohésion cantonale. Nous ne pouvons pas défendre la proximité dans un rapport et, en parallèle, laisser se développer des visions de centralisation qui fragiliseraient une région au profit d’une autre.
À ces préoccupations s’ajoute un enjeu majeur : la pénurie de personnel soignant.
Notre système de santé ne pourra pas tenir sans des professionnelles et professionnels formés, reconnus et soutenus. Les conditions de travail restent difficiles : surcharge, horaires contraignants, épuisement, manque d’attractivité. Tant que ces réalités ne seront pas améliorées concrètement, les objectifs resteront théoriques.
Renforcer les soins de proximité suppose d’abord de disposer du personnel nécessaire pour les assurer.
La question de la formation est également centrale. L’accès aux formations, notamment d’ASSC, doit être garanti de manière équitable dans toutes les régions du canton. La cohésion cantonale ne peut pas être abstraite : elle doit se traduire par une offre de formation accessible et adapté profils et aux rythmes des étudiants. Former localement, c’est aussi fidéliser les professionnelles et professionnels sur le territoire.
Et si nous parlons réellement de prévention, alors celle-ci doit commencer dès le plus jeune âge. L’école a un rôle déterminant à jouer. L’éducation à la santé, à l’alimentation, au mouvement, à la santé mentale, à la gestion du stress ou encore à l’usage des écrans doit être intégrée de manière structurée et transversale. Investir dans la prévention scolaire, c’est réduire les coûts humains et financiers futurs.
Nous devons également replacer cette POLSAN dans son contexte.
La réforme fédérale EFAS modifiera profondément les mécanismes de financement et renforcera le poids des assureurs privés dans l’organisation des soins. Dans le même temps, la vision stratégique du RHNe semble rouvrir la porte à un site hospitalier unique à l’horizon 2040.
Cette orientation paraît difficilement conciliable avec l’esprit même de la POLSAN, qui met en avant proximité, équité et cohésion territoriale.
Le parlement ne valide pas cette politique, puisqu’il s’agit d’un rapport d’information. Nous en prenons acte. Cela signifie que la responsabilité politique pleine et entière repose sur le Conseil d’État. Il lui revient d’assurer que les stratégies développées par les établissements publics, en particulier le RHNe, ne contredisent pas les principes affichés dans ce document. Nous saluons enfin l’importance accordée à l’accompagnement de fin de vie. Des lieux comme la Chrysalide incarnent une vision humaine, chaleureuse et digne de la santé publique. Ces structures doivent être consolidées et pleinement intégrées dans notre réseau de soins.
La POLSAN trace un cap
Mais dans un contexte où les logiques financières prennent de plus en plus de place, il faudra une vigilance constante pour que l’intérêt général ne s’efface pas derrière les intérêts économiques.
La santé est un pilier de la cohésion cantonale.
Si elle creuse les inégalités, c’est toute notre société qui se fragilise.
Si elle garantit l’accès, la proximité et la solidarité, c’est toute notre communauté qui se renforce. Nous attendons donc des actes à la hauteur des intentions affichées. »